Infodépendance : Internet nous rend-il plus heureux ?

by Genaro Bardy · View Comments

J’ai le plaisir d’accueillir Nicolas Ziegler pour évoquer aujourd’hui la dépendance à l’information en temps-réel. Nicolas Ziegler (alias Z_Factory sur Twitter) est consultant en stratégies de développement de marque, j’ai déjà dit le bien que je pensais de lui dans ce billet.

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Il arrive que certaines évolutions technologiques influent sur nos vies au point de s’imposer comme évidentes et indispensables à notre quotidien. Vous êtes-vous déjà imaginé retourner à une vie sans email, sans réseau social, voire carrément sans Internet ou téléphone portable ? Le moins que l’on puisse dire est que nous aurions une période de réadaptation assez conséquente. L’Express a récemment choisi de mener l’expérience auprès de plusieurs étudiants, connectés parce que c’est le sens de leur génération, et aussi pour les (nouveaux) besoins de leurs formations. Que se passe-t-il lorsque l’on se coupe intégralement de nos appendices technologiques pendant 24h ? Le résultat est pour le moins surprenant…

Infodépendance : Internet nous rend-il plus heureux ?

Live unplugged

L‘enseignement de cette vidéo me paraît cruel dans ses évidences. Meurt-on sans ordi, smartphone et autres gadgets reliés au web ? Non. Mais cela force à constater que la temporalité de nos journées change radicalement. Plusieurs participants à cette expérience sont décontenancés par l’absence de lien social, alors même qu’on leur propose de se défaire de leurs écrans. Pire, c’est l’ennui qui guette la majorité des déconnectés volontaires. Au final, l’expérience force à la relativisation : l’angoisse de 24h – qui consiste à avoir “peur de louper une info primordiale” concernant la marche effrénée du monde ou un éventuel mail d’une importance capitale – fait place à un constat aussi étonnant que brutal. La Terre ne s’est pas arrêtée de tourner, et parmi les 20 mails arrivés en 24h, pas un seul n’était digne d’intérêt…

Alors, Internet nous rend-il plus heureux ?

Il convient en fin de compte de considérer l’Internet mondial comme un outil facilitateur, et non comme un tout; prolongement de notre anatomie d’homo sapiens sapiens. Sans aller jusqu’à un modèle de néo baba cool en mal de fromages de chèvre bio (made in Larzac), je rêve par moments d’une désintoxication de ce que certains appellent l’infobésité. Lorsque je m’attarde sur mon mode de vie, je trouve deux facteurs aggravants de mon intoxication informative : le facilitateur premier vient de mon univers professionnel (la com, la pub toussa toussa…), le second de Paris, ville oh combien addictive par l’énergie qu’elle dégage (et qu’elle peut vous prendre). Mais surtout, c’est l’analyse d’une journée type qui me fait me poser toutes ces questions.

Un coup d’oeil à l’actu au moment du premier café, un check météo avant de m’habiller, une plongée dans les versions iPhone des journaux Le Monde, le Nouvel Obs, Le Parisien ou Challenges à peine monté dans le métro. Avant même de m’être installé à mon bureau, j’ai déjà fait le tour du monde. Mais la boulimie de l’info ne s’arrête pas là. Ma journée se rythme en toile de fond par les notifications Facebook, Twitter, ou les alertes médias. Tout cela, rien qu’en toile de fond, alors que pour le boulot, je vais encore me gaver avidement d’infos sur mes clients, leur marché, leur univers concurrentiel, leur historique etc. Ajoutons enfin quelques infos LOLesques envoyées par mes potes, la lecture de deux ou trois conneries sur MinuteBuzz et l’assouvissement compulsif de mes passions (l’automobile étant l’une des principales), et on touche à peu près à l’exhaustivité d’une journée de gavage médiatique et d’infotainment. Gloups. Oh bien sûr, je checkerais encore une dernière fois mes mails, mon compte Facebook et le Google Analytics de mon blog avant de me coucher, et si je n’arrive pas à dormir, je lirais encore l’une ou l’autre actu vitale sur la politique intérieure ou la situation économique de Boudieu-le-Villain.

Est-il étonnant dès lors, d’avoir besoin d’un sas de décompression d’une ou deux journées avant de pleinement pouvoir se sentir en vacances ? Non, bien sûr, puisqu’il s’agit d’une addiction, d’une drogue dure, pour laquelle on peut ressentir un véritable manque. Et l’apparition du web instantané, coïncidant entre autres avec celle de Twitter, n’est pas prête de changer la donne.

Une nouvelle fracture égalitaire

Le pire là-dedans, c’est que cette nouvelle temporalité de l’info accentue les inégalités. A force de scruter les tweets on finit non seulement par redemander toujours plus d’info, mais on accentue la différence entre ceux qui ont l’info sur le vif, et ceux qui ne l’auront que bien plus tard (la long tail a encore frappé), dans les JT télévisés ou les journaux. j’en viens même à me demander si je ne finis pas par saouler mon entourage (ceux qui sont ni des twittos, ni des blogueurs, ni même des vieux communiquants ou journalistes) à force de leur raconter ce que j’apprends sur le moment. J’emmagasine, j’accumule, je digère. Mais au final, je ne retiendrai même pas le tiers de ce dont je me suis gavé, au bout de quelques jours à peine. Encore un syndrome de toxicomane de l’info en somme.

Un Lexomil, s’il vous plaît

Alors oui, tout ça doit participer à l’apprentissage d’une forme de synthèse coginitve et du tri sur le vif. Mais parfois me vient l’envie subite de revenir à une temporalité plus humaine, plus naturelle, plus lente. Où l’on prend le temps de décortiquer, d’approfondir, de prendre le temps. Tiens donc, voilà encore un bout de ma vie passé à écrire. Mon MacBook Pro a encore gagné.

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