Crédit Agricole – La Médiocrité a de l’Avenir

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Je ne suis pas publiphobe. Mais quant une pub est mauvaise, elle peut gâcher plus de 30 secondes. Surtout si elle se répète en boucle sur tous les écrans, se placarde sur tous les murs.

Greg est un ami passionné de rugby… et de pub. Alors nous regardons les matchs ensemble, et nous commentons les commentateurs, qui sont le principal sujet de cette coupe du monde.

Ce qui a retenu notre attention pendant le dernier match ? une pub. Le genre de pub qui peut vous rendre publiphobe, même un publicitaire.

La Médiocrité a de l’avenir

Pendant que la France gagne, nous tolérons la médiocrité

Il aura fallu en arriver là. Panem et circenses. La France en crise peut se délecter de la poudre qu’on lui jette aux yeux depuis plusieurs semaines. Oui, nous sommes en finale de la coupe du monde de rugby avec un jeu médiocre mais qui a le mérite de produire le résultat qu’on connait.

On ne peut pas en dire autant du reste. Comment la première chaine de télévision européenne a pu laisser les clés du camion à un tandem d’animateurs de bas étage, qui se ridiculisent à n’en plus finir par leur inculture et leurs familiarités à mesure que l’équipe nationale engrange les victoires ? Une soupe bien chaude servie aux Français ravis de ne plus exercer leur sens critique ? C’est bien là le problème, plus que de la résignation, nous sommes entrés dans l’ère de la tolérance de la médiocrité.

Pendant les coupures, on nous sert une soupe publicitaire bien tiède

L’exemple le plus choquant est placardé en 4×3 et décliné en 30 secondes à chaque pause publicitaire pendant les matchs. La banalité, la médiocrité, la prise de risque 0, le consensus mou, à savoir : le bon sens a de l’avenir. Signature de la dernière campagne Crédit Agricole.

Le bon sens a de l’avenir, vraiment ? Les banques sont montrées du doigt comme source et moteur de la crise, alors qu’elles ont un rôle capital à jouer pour construire… l’avenir, une responsabilité vis-à-vis de tous leurs clients, partenaires et collaborateurs, et le crédit agricole a pu acheter et se féliciter d’une nouvelle signature publicitaire qui dit : le bon sens a de l’avenir.

Il y a vraiment quelqu’un qui a hurlé Eureka et couru chez son boss en disant « ayé, j’ai trouvé la formule choc pour tout dire en même temps » ?

En quoi ce slogan crée de la valeur pour la marque Crédit Agricole ? En quoi porte-t-il un message positif pour les collaborateurs et/ou les clients de la banque ? Permet-il de se différencier ?

Quel message nous envoie le Crédit Agricole ? Quelle relation veulent ils construire avec nous ?

Selon eux, cette campagne vise à marquer l’ambition de servir de manière utile et loyale  ses clients. Mis à part le fait que personne ne va comprendre où ils veulent en venir, ça va surtout créer de la suspicion. Une banque qui nous parle comme ça, nous nous demandons où est l’embrouille.

Il n’y a pas de bonnes publicités, il n’y a que de bonnes campagnes (cynisme)

Il n’y a pas de bonnes publicités, il n’y a que de bonnes campagnes. C’est le Dircom d’une encore plus grosse banque qui disait ça, ce qui en dit long sur le cynisme dont sont aussi capables les clients de TF1. Du pain, des jeux et de la banalité, le tout à fréquence régulière et les moutons seront bien gardés.

On peut dire que BETC a bien vendu sur ce coup là, mais c’est surtout Le Crédit Agricole qui a très mal acheté. Imaginons la reco de 220 slides pleines de jolies images pertinentes, de chiffres et de témoignages chocs pour vendre le territoire du « Bon sens et de l’avenir ».

Quand on a près de 80 000 collaborateurs dans plus de 7 000 agences, qu’on exerce un des métiers les plus décriés, on est doté d’un pouvoir et d’une responsabilité énormes. Les banques vivent une tempête médiatique en bourse, espérons que cette campagne ne soit pas lue comme une réponse. A défaut de courage, un peu de bon sens que diable !

Soyons exigeants !

Quitte a faire dans la banalité, ils auraient pu y aller franchement dans le prémâché.

Nous aurions été très sensible à une baseline du type « la gentillesse, c’est mieux avec ». Ca valide tout sur la grille des indicateurs de décision : optimiste, plein de bon sens, ça parle à tous, ça n’engage à rien.

D’aucuns appelaient justement à lutter contre les idées vaines, mais ceux là ne sortent pas du bois quand l’occasion se faisait sentir. Ce coup de gueule, c’est surtout pour réveiller notre exigence individuelle et collective, nous sommes tous responsables de laisser un béotien commenter notre sport préféré comme de laisser une grande banque nous abreuver de banalités.

Comme le dit très bien la devise d’une grande famille, ne laissons pas faire, tirons vers le haut et clamons haut et fort : « tu ne m’importuneras point impunément ».

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About Author

Spécialiste et passionné des marques courageuses et ambitieuses. Fondateur de Brand District, agence conseil en stratégie de marque et en communication, au service du business. Talk and work with me