Communication / Social Media

Le Blues du Community Manager

Job à la mode depuis quelques années, le Community Management souffre de clichés et d’un positionnement que les agences et annonceurs peinent à définir, ou à assumer. Retour sur une expérience vécue par de nombreux jeunes communicants.

J’ai eu l’occasion de pratiquer le métier de Community Manager durant deux années, la première en agence pour une belle marque, la seconde chez un bel annonceur. Officiant dans le web depuis mon plus jeune âge, avec un premier business créé à 16 ans et revendu 6 années plus tard, j’ai longtemps eu l’occasion de gérer et d’animer des communautés, avant même la folie des médias sociaux. Lorsque Facebook a pris son envol, j’ai rapidement pris conscience du potentiel du réseau social pour les marques, et j’ai été subjugué de voir à quelle vitesse la fusion a opérée : jamais une marque n’avait eu le droit à tant de publicité gratuite, sur tous les supports ! Si il est aujourd’hui presque normal de voir une campagne média afficher fièrement son appartenance à Facebook ou Twitter, il ne faut pas sous estimer le potentiel publicitaire d’un logo Facebook sur un affichage 4×3 diffusé dans la France entière : combien ma société doit elle payer pour voir son logo diffusé à la fin du spot de la dernière voiture à la mode ? Les réseaux sociaux ne le font pas.

On est alors en droit de se poser la question : le jeu en vaut il la chandelle ? Autrement dit : offrir cet espace, est ce rentable sur le long terme ? Puisque les experts peinent à prouver l’existence d’un ROI sur les réseaux sociaux, sans doute non. Il y a certe cette notion de fidélité, d’engagement, de SAV amélioré et humanisé mais ces notions sont encore trop obscures, sont sous exploitées et n’ont de nécessité que pour trop peu de domaines d’activité.

De ces quelques constats découlent une situation : le Community Management n’est pas le graal de l’entreprise. Pire (ou mieux, c’est selon) : le Community Manager n’est pas le dircom’ de demain. Et voici simplement pourquoi :

Il y a trop de fantasmes autour de ce métier. Les agences vendent aux annonceurs des solutions qui peuvent paraitre savantes mais tournent finalement autour du même vocabulaire : créez de l’engagement (trop vague), la course au like c’est fini (mais tout cet argent dépensé pour gagner du fan alors ?), soyez présent… Aujourd’hui, Facebook c’est 1 miliard de membre, votre marque ne peut pas ne pas y être !

Les entreprises font passer le métier en bout de chaîne. Et c’est plutôt logique : si je réfléchis en patron, je m’attarde en priorité sur les sujets qui rapportent, pas sur le gouffre (devenu obligatoire) que représente le CM (sauf cas particuliers) et sa rentabilité modérée voire inexistante.

Une agence spécialisée CM est soumise aux bons vouloir de Facebook. Un CM soumet sa carrière à la bonne santé des réseaux sociaux, principalement de Facebook et de Twitter, et n’oublis jamais MySpace.

- On parle d’engagement à tout va, mais personne n’a encore trouvé comment calculer le taux d’engagement (sic). Révélateur.

Le poste en lui même doit être légitimé. C’est le plus gros problème du Community Management. Aujourd’hui, un stagiaire de première ou deuxième année d’école prend vite position dans le pôle CM: pas comme assistant, comme CM. Un freelance sans une expérience incroyable s’affiche comme étant CM. Sur Twitter, tout le monde est CM. Sauf les influents. J’éxagère.

- Il n’y a pas de hiérarchie du Community Manager. On appelle CM le junior, et comme il n’y a pas encore de senior, on ne différencie pas celui qui est encadré en agence, ou encadré chez l’annonceur, de celui qui a pris ses libertés et devient un véritable maître à jouer d’une marque sur les réseaux sociaux : entre le débutant et le stratège, il n’y a pas de différence en façade. Bien sur, il y a les “titres” que personne ne différencie vraiment : Social Media Manager, Social Media Strategist, Social Media Architect, Social Media Curator … De la masturbation intellectuelle qui ne trompe que les plus crédules.

Le métier est neuf, il faut sans cesse se justifier. Auprès de ses collègues, de sa mère, de ses amis. Il faut expliquer que non, on ne fait pas que passer son temps sur Facebook à écrire des status. Il faut se convaincre sois même que ce n’est pas véritablement le cas. Et il faut oublier ceux qui ne font que cà, et qui entretiennent ce mythe quand certains vont plus loin et analysent, chiffrent, et effectuent une veille puissante, bref, deviennent expert.

C’est après avoir discuté avec plusieurs acteurs du métier que j’ai pu constater que cet article ne reflète pas une idée isolée. Il aurait été idiot de ne pas surfer sur la puissance d’un Facebook ou d’un Twitter, et il est évident que les entreprises y ont leur place.

Le nouveau chantier de ceux qui vendent le community management est maintenant d’assumer ce secteur d’activité comme il se doit : est ce un métier réservé aux communicants débutants ? Peut on mettre ce métier au même niveau que les autres métiers de la communication et du web marketing ? Doit on faire en sorte de booster l’acceptation de ce métier par les collaborateurs qui considèrent encore trop souvent les CM comme des OVNI ?

Finalement, il s’agit de ne pas fantasmer le métier de Community Manager. Sans cesse sous le feu des projecteurs depuis des années, il est l’objet de toutes les attentes, et ceux qui le font sont souvent perdus entre la rapidité à laquelle le métier évolue, l’attente qu’il suscite, et ses résultats souvent déceptifs. Ajoutez à ca une justification habituelle auprès de ceux qui partagent votre open space, et vous obtenez Le Blues du Community Manager.

Par Jean-Baptiste Quesnay ( @JeBaY - JeBaY.fr )

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  • http://twitter.com/aswinlutchanah Aswin Lutchanah

    N’importe qui peut s’auto-proclamer Community Manager.

    D’ailleurs, ce n’est pas forcément faux car dès lors que quelqu’un gère une communauté avec une page Facebook (par exemple), il l’est un  peu…

    Cependant, c’est clair que ce serait bien d’avoir une sorte de charte avec les compétences nécessaires pour devenir un bon Community Manager professionnel.

    Sinon, cet article m’a pas mal fait sourire ;)

  • http://twitter.com/ThibautDavoult Thibaut Davoult

    C’est aussi fortement dépendant de la boîte pour laquelle on bosse. J’ose imaginer que le rôle d’un CM même junior voire stagiaire dans une petite structure est très différent et moins codifié, donc moins frustrant que dans un moyen ou grand groupe.  Et c’est surtout vrai dans les groupes qui étaient déjà installés avant l’avènement des plateformes sociales principales (Facebook/Twitter et l’importance des blogs) et qui se retrouvent donc aujourd’hui avec la difficile tâche de restructurer pour se diriger plus vers le client sans compromettre la vision qu’ils avaient originellement.

    Comme JeanBaptiste le dit très bien, le Community Management est encore très jeune. Donc (1) les outils quantitatifs et de feedback laissent à désirer (2) on ne sait même pas si il est important/intéressant de quantifier certains aspects du CM.
    Personnellement j’adhère à 100% à la théorie de Gary Vaynerchuk qui est qu’un bon Community Management se définit au cœur de l’entreprise, dans sa culture même au niveau interne. Cela menant à un climat positif de respect/reconnaissance envers la marque au niveau interne, et donc les employés auront naturellement tendance à partager cette vision online avec les clients (existants, potentiels, déçus, etc). Employés qui ne sont, d’ailleurs, pas nécessairement affiliés au marketing ou community de la boite. Cela rendra le travail du CM d’autant plus agréable du fait qu’il n’aura pas à nager contre le courant néfaste créé par ses collègues dans des cadres non-officiels.

    Autrement dit, je comprends le besoin de devoir tout mesurer, le ROI etc c’est important, mais le social media c’est avant tout un contact humain, qui doit être conçu comme l’intéraction vendeur/client en magasin: le client est roi et son bien-être passe  avant tout. Difficile de mesurer ça, personnellement moins je serai dans des situations où on me demandera un reporting CM, mieux je me porterai. Si ça veut dire aller dans des entreprises jeunes, voire profiter de l’avant-gardisme américain en m’y exportant, so be it.

    Et un beau pavé, un!

  • http://narominded.com Genaro

    Merci pour ces précisions l’ami

  • http://twitter.com/Sailoroli Olivia Le Bert

    Blues partagé :) Je bosse dans une agence dans laquelle nous sommes trois CM. Nous avons récemment modifier notre dénomination professionnelle considérant que nous n’étions pas seulement des community manager mais plus largement des stratégistes de la communication sur les réseaux sociaux. Il y a en effet différents postes qui se dessinent à travers cette notion de CM et ils varient selon la taille de l’entreprise et l’engagement d’une entreprise dans son expertise social media. Une chose est sûr : ce métier, quelque soient sa dénomination et sa légitimité, n’a pas fini d’évoluer. Un aspect que je trouve, pour ma part, motivant et excitant, et qui devrait atténuer ce blues partagé.

  • http://www.whitezine.com/ Joseph

    euh .. ouais, autant qu’un mec qui a fait un site web sous geocities peut se proclamer créateur de site web. 

  • http://www.linkedin.com/in/bourratiere bourratiere

    Pardonnes-moi pour cette méprise Jean-Baptiste…
    Merci donc pour ton intervention… de qualité :)

  • http://www.linkedin.com/in/bourratiere bourratiere

    Gentleman… c’est tout à ton honneur… 

    Rectification faite… 

    Bonne soirée, au plaisir d’une prochaine lecture.

  • http://narominded.com Genaro

    J’ai fait un site sur Geocities #nostalgie, je suis pas un développeur web.
    J’ai un compte facebook, je suis pas un CM.

    Mais faut gérer un peu les boulets sur le blog, ça compte ? #huhu

  • Un CM senior

    Ca m’exaspère de lire partout que le CM est un job nouveau. Le terme l’est, les médias sur lesquels il est éventuellement amené à travailler aussi. Mais arrêtez de croire que le boulot a commencé avec la création de FB (en, 2004, soit y a 8 ans, au passage….). Les communautés web existaient bien avant (forums, BBS, chats, sites communautaires, ça vous dit rien ?) et si, il y a des CM senior.
    Personnellement, je fais ce boulot en tant que salarié depuis presque 10 ans, alors si, je suis senior… et loin d’être le seul. Sauf que mon boulot ne s’appelait pas “community manager” avant. D’ailleurs, ce n’est toujours pas ça qui est écrit sur mon contrat de travail et mes feuilles de mission freelance.

    Bref, vous parlez de confusion, mais c’est vous qui l’entretenez avec ces pseudos réflexions 2.zéro.

  • Autre CM senior

    Tout à fait d’accord. Ce n’est pas nouveau ! Je dirai même plus. Les communautés ont toujours existé. :) . J’ai dépassé les 45 ans. J’ai animé beaucoup de communautés à travers un medium, des médias puis des médias sociaux et surtout IRL. Il est vrai que communicante senior, j’ai un profil spécifique basé sur l’innovation et cela me permet d’être CM mais pas que. Mes boulots ont toujours un fondement communautaire et peuvent prendre différentes formes ( chargée de médiation, de projets éditoriaux, de conduite de changements et de pratiques numériques innovantes en y mêlant projets territoriaux et communautés de pratiques, d’intérêts et de partage…).  Pour moi, CM ne veut pas dire grand chose sauf actuellement à lâcher son junior sur les réseaux, ce qui réducteur et pas valorisant. Partons du constat global que le monde a changé, qu’il est bottom up et en mouvements constants. Nous commencerons alors à réaliser à quel point ces métiers (oui au pluriel) des réseaux sont riches et plein de variantes. C’est là-dessus qu’il faut réfléchir et pas à un lissage en règle ou à une standardisation sclérosante.

  • http://twitter.com/sosso Soray@

    Alors par
    où commencer ? Allez je me lance.

    Au
    départ, cet article, m’a pas mal énervé. Encore un qui discrimine la fonction
    de CM. Et pourtant…Perso, depuis 2007, je mène des actions de community
    management. Je crois avoir presque tout fait : création de blog,
    rédactrice web, modération, animation de forum, support, veille communautaire
    et j’en passe…
    Alors lorsque le terme Community Manager a fait son apparition, j’étais aux
    anges ! Enfin, un nom qui détermine notre fonction !
    Parce que jusqu’ici, j’étais triste…J’étais seulement la « rédactrice web »,
    la « modératrice de forum », la « gestionnaire de communauté »…
    Chaque personne, chaque collègue me désignait différemment. Je le dis tout haut
    tout fort, je suis très heureuse aujourd’hui d’être reconnue comme CM. Combien même
    il faut encore expliquer notre métier aux novices…N’est-ce pas justement ça la
    clé de notre réussite : évangéliser le mieux possible notre métier ! (A
    ce propos, ma fonction de CM ne se résume pas à la course au like !).
    Alors oui, notre métier va évoluer mais comme tous les métiers…

    Non
    Jean_Baptiste, je n’ai pas le blues…i’m happy !

     

    Parlons
    de ce fameux ROI…arrêtons de fantasmer, la formule magique n’existe pas !
    En revanche, ils existent différentes manières de calculer son ou ses KPI.
    Selon vos actions menées, vous allez calculer, pondérer des résultats et
    ensuite les analyser.

    Non
    Jean_Baptiste, je n’ai pas le blues…i’m happy !

     

    Hein
    quoi, moi en bout de chaine ?!? Que nenni…que ce soit dans mes précédents
    postes ou aujourd’hui, je participe activement à tous les projets de ma
    structure. Bien au contraire, le sujet des médias sociaux est au cœur de nos
    prises de décisions.

    Non
    Jean_Baptiste, je n’ai pas le blues…i’m happy !

     

    Merci
    Jean-Baptiste, grâce à toi, je viens d’avoir ma minute gratuite « divan
    avec le psy » ;)

     
     

  • http://narominded.com Genaro

    Je crois que JB est absent pour quelques jours, tu excuseras si sa réponse prend du temps.

    Mais si ce billet n’a aidé ne serait-ce qu’une personne, même en s’y opposant, je pense que le job est fait ;)

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