Jeudi 5 Juillet, 15 heures, une agence, 20 « influenceurs », un défi. Pour l’emporter, il leur faudra obtenir le plus de like sur un statut Facebook de la part du sexe opposé. Si certaines couleuvres sont trop grosses pour être avalées (assassinat de chiens so cute, déménagement à NYC, photo shoot avec des stars) Soraya, elle, sort l’artillerie lourde. La machine 2.0 s’emballe.
Selim Niederhoffer
Le statut qui tue
L’occasion était trop belle pour que je ne profite pas de cet épisode pour esquisser une analyse de ma communauté Facebook. Rapidement, penchons-nous sur les réactions de ma communauté Facebook suite à ma promotion inattendue !
La réaction des proches
D’un point de vue sociologique, l’expérience est riche d’enseignement. Progressivement, plusieurs profils type se distinguent de la masse d’internautes plutôt joviale qui me félicitent pour mon nouveau poste factice. Promis, je tente de ne pas tomber dans une analyse bourdieusienne pauvresse de ma communauté Facebook . En examinant d’un peu plus près, on distingue rapidement :
- L’ami heureux pour toi. Il est sincèrement heureux pour toi et te le fait savoir de la façon la plus simple possible : Like, comment, tweet, sms, appels …J’en profite pour les remercier tous d’avoir accepté – malgrè eux – de participer à cette mascarade 2.0.
- L’ami, enfin le désormais « faux ami ». C’est un hyperactif du web, il dégaine son like à tout va même pour un lolcat datant de 2009. Pourtant online au moment de la publication du statut, il se terre dans la jalousie et entame une profonde réflexion sur son parcours professionnel personnel : « Quoi, comment, qu’est-ce que j’entends ? Soraya, au Grand Journal ? Cannes et Roland Garros, ça ne lui suffisait pas ? ». Cet ami, on le devine.
- La connaissance qui s’improvise meilleur ami: « Je te l’ai toujours dit, t’es un gagnant Serge ! ». Et là, j’ai beau me remémorer toutes mes soirées … Aucune trace ni de l’individu, ni de la dite conversation.
- L’ami retrouvé sans doute mon préféré. Celui qui m’a “unfriendé”, et qui sans gène aucune me fait de nouveau une “friend request”. Je ne lui en tiens pas rigueur, c’est celui qui s’est lassé de mes statuts façon 9gag et du faste de mes vacances au Club Med. De retour pour partager mes champagne showers, il sera prêt à tout pour être mon + 1 aux soirées de Canal Plus.
- La famille … On en parlera pas, impossible à joindre. Forcément, ils sont déjà en train d’égorger le mouton. #joke
Les réactions du cercle professionnel
Passons aux relations pro …Parce que oui, je suis une vraie girls in da web et que je sais – ou pense savoir d’ailleurs – gérer mes listes sur Facebook. Cette fois, on part sur un paysage 2.0 des plus manichéens dans lequel les « sincères » côtoient les « intéressés ».
Les sincères :
Des messages FB, des mails qui font chaud au cœur, comme on aimerait en lire plus souvent. De simples connaissances professionnelles aux plus proches, ils ont pris le temps de m’adresser leurs félicitations à l’occasion de ma « fausse nouvelle embauche ». Leurs attentions m’ont touchées. Plus ma mail box se remplissaient, plus une semi-culpabilité s’esquissait, car en toute franchise je ne croyais pas mais vraiment pas que ce statut allait être pris au sérieux ! C’est aussi et surtout pour eux que je m’exprime aujourd’hui.
Les intéressés :
Ahhhh les intéressés et leurs messages faussement congratulant destinés à flatter un égo bientôt plus 2.0 ! Leurs auteurs se manifestent à dessein de consolider leur « réseau », pensant bien évidemment qu’une hypothétique chroniqueuse choisie par les casteurs de Canal serait dupe… Dans la foulée, des invitations, des interviews des propositions à dîners se sont succédées. Coïncidence ? Je ne pense pas… A quoi s’attendaient-ils ? à un retour d’ascenseur vraisemblablement, Bref, je prendrai désormais l’escalier.
L’emballement sur les réseaux
Un statut privé dans un premier temps, visible par près de 3000 amis Facebook , liké près de 500 fois (dont 212 fois les 2 premières heures) . Pour les besoins du défi et pour l’amour du risque (Oui, oui …Comme Jonathan et Jennifer !) je passe mon statut en public, le rendant désormais accessible à tous. Peu importe après tout, ce réseau social est avant tout une plate-forme de partage. Facebook ne s’apparentant nullement – en apparence du moins – au fil de l’AFP, je ne vois pas le problème.
Aucune publication de ma part sur Twitter, et pourtant les « congrats tweets » se succèdent sur ma timeline… La machine est lancée. Très vite, je tente de calmer le jeu à coup de tweets ambigus mais certains ont envie d’y croire, ça tombe bien… Moi aussi !
La reprise par la presse
En quelques minutes seulement, l’information est reprise par la presse Première et Télé Obs en tête… Parce qu’on le sait tous « Info Likée = Info vérifiée ». Recoupement des sources, diversités des sources et rigueur dans les recherches …Des techniques sans doute réservées à ses bons vieux journalistes du print. Nous, on travaille sur les Internets, la « Grande Place des Internets », celle où on tweet à tout va et on publie sur Instata.
Blague à part, je n’en veux pas à ces journalistes qui m’ont pour la plupart inventé un passé, un présent et offert un futur des plus prometteurs. Je les comprends. On aime tous jouer à la course au SEO, être le premier sur Google actu… Je leur reproche simplement leur usage des réseaux sociaux. Se servir des réseaux sociaux comme d’une source c’est bien, s’en servir comme d’un couteau suisse c’est mieux… Pourquoi ne pas m’avoir envoyé un tweet, un DM, un message privé sur Facebook… Mieux encore, pourquoi ne pas avoir contacté Canal Plus, un simple coup de fil au standard de la chaîne aurait sans doute suffit. Parce que sur la toile, et ben le temps il court, court…En revanche, il ne nous rend pas plus sérieux.
Nous sommes certes la “génération Internet”, mais n’oublions pas les leçons des anciens ! Poke @Jean-Pierre Foucault : “le coup de fil à un ami, ça peut toujours servir pour vérifier une info !”



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