Par souci de simplicité, je ne mettrai pas au féminin le terme de blogueur. Par avance mesdames, sachez que je pense quand même à vous.
Il parait que les blogueurs sont morts. A mon humble avis c’est surtout l’auteur du billet qui arrive au bout de son rouleau PQompresseur à polémiques. Car si dans mes moments de lassitude je me laisse aller à ces bêtises, je n’ai jamais autant rencontré de blogueurs passionnés et passionnants que ces dernières semaines.
J’ai mis bien longtemps avant de sortir de mon écran. Pendant des années je me cantonnais à observer quelques camarades qui m’intéressaient, à écrire et publier le soir, à la lumière d’une bougie vieillissante avec une tisane pisse-mémé pour seule compagne et un iMac 1ère génération.
Et puis un jour. L’étincelle. J’ai compris qu’un blog pouvait être un moyen de rencontrer des confrères, des camarades, et pourquoi pas des entreprises qui s’intéressent à ce qui nous amuse ou nous occupe ici bas.
Assez vite, alors que je n’étais qu’un jeune blanc-bec consultant en agence conseil en marge brute quand je commençais ce blog, je me suis mis à déjeuner avec des patrons d’agence de com’, à me faire inviter à leurs soirées de célébration ou de débauches en étant accueilli comme un ami.
Ne nous mentons pas. Ces premières rencontres ont excité mon envie, m’ont amusé. Elles m’ont surtout permis de rencontrer des personnes admirables, ou au moins que j’admirais pour une raison ou une autre. Mais j’ai toujours un peu senti, et c’est un juste retour, le syndrome de l’imposteur devant cet ascenseur social. J’en suis revenu, et c’est bien heureux, en prenant l’escalier. (© soso)
La croissance de l’audience de Narominded et les changements sur la ligne éditoriale, brutaux ou en douceur selon les humeurs, aboutissent à des constats et réflexions que je me permet de partager, pour les quelques lecteurs que j’ai qui travaillent en agence (35%, tout de même jusqu’à mon reboot).
RP2.0 – Les Blogueurs, L’Indépendance, et L’Expérience en tant que Média
1. Un blogueur n’est pas un journaliste
Non. Défénitivement non. On pourrait le croire car il en a quelques attributs, mais en réalité il n’a aucun devoir de déontologie. Au mieux quelques bonnes pratiques qui font plus souvent référence au SEO (le lien vers les sources) qu’à une discipline éditoriale ou volonté d’indépendance qui me semblent indispensables aux journalistes.
Cela ne veut pas dire que tous les blogueurs sont à jeter. Certains sont rigoureux dans leur démarche ou apprennent à le devenir.
Mais de la même manière, cela ne veut pas dire que tous les journalistes sont professionnels. J’en connais une qui me disait il y a quelques jours en évoquant l’épisode de Soraya et du Grand Journal : “Et depuis quand fait-on confiance à un statut pour valider une info ?”
Le métier de journaliste n’a jamais autant été remis en cause avec l’évolution permanente des médias depuis 10ans, il est même une des plus grandes garanties de chômage selon certaines études. Mon seul et unique “voyage de presse” m’amenait à constater que les rédactions leur demandent de plus en plus aux journalistes de devenir des hommes-orchestres : à la fois vidéaste, rédacteur, investigateur, monteur… Sans même parler du besoin moderne de développer une présence et une réputation “en ligne”.
Comment réagissent les journalistes face à ces demandes ou évolutions de leur métier ? Pas toujours bien. Surtout quand des blogueurs font tout ça parfois beaucoup plus vite, sans aucune autre déontologie que celle qu’ils s’imposent, avec le sourire et gratuitement ou presque.
2. Un blogueur est un média au delà de son blog
L‘abonnement aux blogs n’a jamais été une habitude très partagée. Les flux RSS ne sont jamais devenu grand public, ils restent confinés à une population de geeks ou à des blogueurs, justement.
Par conséquent la plupart des découvertes de blogs viennent de deux canaux principaux : Google & Le hasard des partages sur les réseaux sociaux.
Ainsi un blogueur qui ne publierait que chez lui et qui ne serait pas relayé ailleurs aurait peu d’espoir de construire une audience. Et à l’inverse, un blog est un canal de transformation idéal pour la personne qui le tient vers d’autres plateformes ou réseaux, si sa présence est facilement identifiée.
Il résulte qu’un blogueur, ayant un ou plusieurs blogs, ne diffuse pas de l’information par ce seul canal, mais par l’ensemble des réseaux sur lesquels il est actif. Un blogueur qui s’identifie à un événement, en multi-publiant par exemple sur Instagram + Flickr + 4square + Twitter + Facebook, augmente potentiellement la visibilité dudit événement. Et ce sans avoir “produit” le moindre contenu. A part les 3 secondes la tête dans le smartphone, mais concédons-le ça arrive aux blogueurs assez souvent, événement ou pas. Le trans-media, avant d’être une branlette intellecto-narrative, est d’abord incarné par les producteurs de contenus du web.
Un blogueur est un média.
Il résulte, et c’est un point qui a son importance, que la capacité à créer une audience, à s’auto-gonfler le Klout diront certains, est potentiellement génératrice d’intérêt pour des marques ou des annonceurs.
J’y vois un paradoxe du fait de la facilité à créer artificiellement cette audience, mais nous y reviendrons plus tard.
3. Un blogueur n’est pas indépendant
Nous avons déjà évoqué l’absence d’indépendance dans le premier paragraphe, mais cela mérite que l’on s’y attarde du point de vue du blogueur.
Le principe de cette indépendance est assez simple. Un blogueur est à la fois :
- rédacteur
- producteur de contenu ‘transmedia’
- promoteur de son contenu sur différents réseaux
- le contact principal pour les différentes parties prenantes d’un média si tant est qu’il atteigne une audience qui intéresse l’extérieur
L’absence d’indépendance est notamment caractérisée lorsqu’une ‘marque’ s’adresse à un blogueur.
La personne travaillant chez un annonceur, qu’elle soit RP, communicante, marketeuse ou dirigeante, s’adresse-t-elle à un blogueur avec pour objectif :
- de diffuser un contenu ? Si oui sur quel média puisqu’il est souvent présent partout ? Un tweet vaut-il une invitation ?
- de relayer une information pré-machée ? Faut-il instagrammer les communiqués de presse ou les copier coller sur son blog ?
- de se prémunir d’attaques potentielles ? Peut-on amadouer un chaton aux griffes pas encore coupées ? Continuera-t-il à griffer la main qui lui tend le pot de lait ?
- de le rémunérer ? en diffusant une publicité qui aurait pour avantage de cumuler tous les objectifs pré-cités.
Je ne prétends pas apporter de réponse définitive. Simplement cette réflexion me semble essentielle à un moment où toutes les marques se sont structurées pour s’adresser à cette population, où toutes les agences qui s’engraissaient il n’y a pas si longtemps sur de la communication 360/#touslesmedias ou 365/#toutelannée, sont maintenant toutes “digitales”.
4. Quelles sont les conséquences sur les relations-blogueurs / RP2.0 ?
Pour ma part les ‘relations-blogueurs’ ont commencé il n’y a pas si longtemps, quand j’ai décidé de sortir de l’écran et d’aller à la rencontre de ceux que je croise sur le web. Ne nous mentons pas, l’afflux grandissant de sollicitations facilite ce genre de décision.
On observe alors 2 typologies récurrentes de comportement des agences ou marques vis-à-vis des blogueurs :
- les blogueurs sont traités comme des journalistes – même info, même type de suggestions. Les coups de fils de RP de moins de 25 ans qui vous demandent si vous comptez ‘publier un article’ sont une curiosité. La plupart du temps les filles sont charmantes mais rares sont les blogs structurés comme des rédactions professionnelles, le temps disponible est différent, d’un blogueur à l’autre.
- les blogueurs sont traités comme des VIP. 12eme homme, Villa Schweppes, avant-premières diverses et variées, chaque marque développe ses programmes de relations aux blogueurs. La seule vraie question pour qui a accès à ce genre de sollicitation devient parfois : pourquoi refuser ? J’ai comme un petit doute du genre : “mais qu’est-ce que je vais pouvoir dire sur Orange ou Schweppes maintenant ?“. Assez vite ma réponse est “de toute façon c’est pas comme si j’en parlais souvent, à part dans des réflexions sur le blogging. Prends le kif, souris et paye ton tweet“.
Si je devais relever quelques bonnes pratiques pour les marques, je retiendrais :
- La capacité à proposer des contenus adaptés à plusieurs médias
- La connaissance de la personne qui blogue avant de connaitre son blog
- Etre clair sur les attentes vis à vis du blogueur
- Comprendre les mécaniques de diffusion et le travail que cela représente, notamment lorsque les blogueurs sont salariés
- Allez, n’ayons pas peur de la polémique que cette ligne ne manquera pas de susciter : envisager de rémunérer des actions à leur valeur.
Car oui. Si les marques se sont structurées pour s’adresser aux blogueurs, si les agences sont toutes digitales et connaissent les blogueurs sur le bout du tweet (merci Ebuzzing), c’est qu’il y a bien une valeur quelque part, induite, espérée ou réelle.
Il arrive parfois qu’une agence qui facture sans sourciller un consultant de moins de 5 ans d’expérience 1 500 € par jour en le payant moins de 200, propose à des marques des opérations où tout le monde est rémunéré, du réalisateur au régisseur en passant par le consultant et son stagiaire, alors que le blogueur devrait être disponible sur une longue durée, avec le sourire et gratuitement. Pourquoi la personne qui semble être la plus importante de l’opération (en tout cas celle qui a été choisie et pas imposée) serait celle qui en tirerait le moins de fruits ?
C’est un paradoxe qui mis au regard des caractérisiques évoquées précédemment, n’est pas prêt d’être résolu.
5. L’outil le plus efficace des RP2.0 : l’expérience
Je pourrais pointer du doigt des mauvaises pratiques, ce n’est pas ce que je souhaite ici. Je voulais partager des réflexions, initiées sur les bords de la Vistule pendant l’Experience Kia une après-midi de championnat d’Europe des nations ou lors d’un festival sur le bord d’un lagon. Conclure enfin ces réflexions partagées surtout avec les amis du web, ceux que l’on a envie de revoir au-delà d’un apéritwit.
Car il existe des agences qui ont bien compris ces paradoxes, qui savent sortir d’une ‘relation blogueur’ un bénéfice pour tous ceux qui s’y impliquent. Sans trop de surprise, ces agences sont dirigées par des blogueurs. J’en retiendrai 2 parmi celles que j’ai pu rencontrer :
Leurs dirigeants ont compris qu’un communiqué de presse ou un pass backstage ne suffisent pas à fonder une relation. Ils travaillent autour de principes simples : l’expérience de la marque est cohérente avec l’expérience que l’on fait vivre au blogueur.
L’expérience, où chaque instant est une occasion de publier par delà un billet de blog, quand elle est bien conçue, utilise le blogueur pour ce qu’il est vis à vis d’une marque : un média.
Et de ces expériences naissent une relation 2.0.
(Désolé. J’ai pas trouvé mieux.)


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