A l’occasion de la loi de Finances 2013 proposée par le gouvernement français nouvellement élu, un mouvement d’entrepreneurs enflamme les Internets. Par l’entremise d’une page facebook et d’actions militantes qui vont du billet sur un blog dit “influent” (quelques dizaines de milliers de vues au moins) au rendez-vous place du Trocadéro ou devant l’assemblée nationale, des entrepreneurs irrités utilisent les plus gros clichés et les plus farfelues ficelles virales pour passer un message qui, finalement, ne ressemble qu’au chant des vaincus de la cohorte des jeunes patrons umpistes.
Reprenons un peu le cour de cette pauvre histoire. Une page facebook qui se justifie par ses administrateurs anonymes de se prévaloir avant tout du LOL. Quelques montages et photos qui rappellent les plus sombres heures de facebook en avril 2012 quand tout le monde publiait tout et n’importe quoi au prétexte du rire jaune pour justifier un vote déjà acquis. Et on voit apparaitre des billets biens sentis par quelques esprits brillants qui se réclament de ce mouvement. Les contenus mélangent, sans aucun état d’âme et dans le désordre :
- la fuite des ultra-fortunes comme signe d’une régression
- des calculs approximatifs issus de la loi de finance qui additionnent des taux nominaux et marginaux (Euclide, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils gagnent)
- des montages photos de Mougeons, croisement du mouton que l’on tond au pigeon que l’on trompe
- l’impopularité grandissante d’un gouvernement par trop normal pour une situation économique exceptionnellement catastrophique
- la création d’emplois comme chantre de la bonté éternelle qui mériterait une reconnaissance au moins aussi longue
- quelques clichés américano-germaniques qui laisseraient entendre que nos cousins se portent mieux
J’ai même vu partagé par l’hôte de ces lieux un article, entrainé me dit-il par la verve ou la bile d’amis entrepreneurs. Cet amas de têtes pensantes et faisantes qui bave sur le moindre mouvement législatif et exécutif d’un gouvernement qu’ils ne voulaient pas voir élu me donne, de mon côté, un léger goût de fiente au fond de la gorge.
Et à bien y réfléchir, l’invitation de Naro me pousse à expliquer cette pensée, qui n’est certainement pas moins désordonnée que les gesticulations des pigeonpreneurs. Alors soit. Mélangeons. Expliquons. Déboulonnons un peu les roucoulements, après tout je n’ai jamais aimé les pigeons, bien que mon vote ait plutôt porté à droite d’une élection à l’autre.
L’emploi, comme les finances de l’état, est un sujet sérieux
Les industries ferment. Les usines débauchent. Les salaires ne grandissent plus. La croissance est en berne. L’économie ne baisse pas, elle s’effondre. Années après années après années. Et le salut viendrait de la création de valeur et d’emplois de quelques start-ups innovantes ? De quelques PME ? Allons, un peu de sérieux. L’état Français n’est pas connu pour être un lieu d’accueil idéal pour la création d’entreprises innovantes, elles existent pourtant. Les exemples sont légion et le web nous indique plutôt qu’ils visent un marché mondial.
Vous avez, chers Pigeons, l’embarras du choix pour ravaler vos fientes. Penser aux milliers d’emplois détruits partout en France, pour commencer. Retourner à votre création d’entreprise qui semble être votre passion sans penser à sa revente, pour garder un peu de décence.
Ou enfin, et ce me semblerait plus judicieux et moins flagellatoire, vous pourriez simplement constater que d’une manière ou d’une autre, l’état Français doit à la fois réduire ses dépenses et augmenter ses recettes dans un contexte qui est tout à fait improbable pour cela. Cela demande un effort de tous, en passant par la TVA qui est l’impôt le plus équitable, ou par la taxation du capital, qui ne concerne que les plus riches.
Le raisonnement par l’absurde ne pourra convaincre que vos semblables
L’argument probablement le plus absurde des flapissements de geonpis concerne les statistiques. D’après leurs dires, seule 1 entreprise nouvellement créée sur 10 parvient à persister, et c’est cette valeur de revente qui serait, bonté divine, taxée autant que le travail.
Vous exercez une activité où 90% de vos semblables resteront sur le carreau. Il faudrait certainement mieux vous retrousser les manches pour vous assurer un avenir, plutôt que de partager des photos ridicules sur facebook ou de battre le pavé avec quelques panneaux dont je sens déjà toute la portée.
Quant à ceux qui passeront le cap et assureront la pérennité de leur entreprise, de deux choses l’une. Soit vous restez aux commandes jusqu’au retour (ahaha) de Sarkozy, et vous n’êtes pas concernés. Soit vous vendez aussi vite que l’on vous propose un gros chèque, et je vous range dans la corbeille bien garnie des business angels qui se goinfrent sur votre dos à tous en répartissants leur investissements.
Vous aurez réussi une bien belle bascule financière et rejoindrez le cercle bien pensant des investisseurs qui s’indignent en fumant le cigare des taxes invraisemblables que la gauche pro-communiste nous inflige. Auquel cas je serai bien heureux de vous voir taxé autant que ceux que vous ne manquez pas de mentionner en pleurnichant, vos chers salariés.
Le raisonnement des 90% est absurde. Il ne convaincra que ceux qui vous ressemblent et ne voient pas plus loin que le bout de leur bec.
Voir des entrepreneurs au Trocadéro, ça rappellera le 1er mai
Rassemblement au trocadéro. Et puis non à l’Assemblée Nationale. Je n’ai pas de mots. Qu’allez vous faire ? Bloquer la circulation ? Crier comme à une techno parade ? Vous encorner de frites et badigeonner des banderoles à la peinture bleue ?
Combien serez-vous ? 14 000 comme l’indique votre page facebook au moment où j’écris ces lignes ?
Il y a dans cette démarche, quelque chose de cocasse. Ceux qui battront le pavé seront peut-être moins énervés que les militants du 1er mai qui émargent souvent au smic quand ils démarrent à Denfert Rochereau, ou ceux qui comme vous visent la grandeur de la France quand ils vont voir la Pucelle. Le militantisme des entrepreneurs touche au paroxysme du ridicule quand il singe ceux-là même qu’ils méprisent à longueur d’année : ceux qui n’ont que la rue pour parler.
La rue peut faire bouger la loi quand elle soulève un million. Voyons, ouvrez les yeux.
Ah ça vous aurez de la presse et des TV, sans aucun doute. Les médias relateront avec un sourire contenu l’absurde démarche quand 3 millions de chômeurs voient leurs rangs grandir et que le pôle emploi finance vos atermoiements. Le ridicule n’a jamais tué. Gageons qu’à défaut d’occire les volatiles, il vous accueillera à bras ouverts devant toutes les caméras.
Le militantisme sur Facebook, et après ?
La plus curieuse des méthodes qu’emploient les pigeons reste leur usage du Dieu Facebook. Juste après avoir partagé sur Instagram des vacances ensoleillées à leur réseau merveilleux d’amis consentants, les geonpis font un bond en arrière de 6 mois et retournent au militantisme politique immonde qui mixe tous les clichés, de langage comme d’analyse.
Une fois n’est pas coutume, c’est votre talent créatif que nous allons mettre à l’honneur. Car ces visuels en disent plus long sur vous que tous les discours. Ils sont partagés sur Facebook, le TF1 du web, qu’on ne peut malheureusement rapprocher de la chaine de Boulogne que parce qu’il tire le monde vers le bas.
Et puis quoi ? Après ça ? Après ces visuels ? Après vos piétinements ? Peut-être laisserez vous le gouvernement se débrouiller comme il peut. Peut-être vous encarterez-vous dans l’opposition où ces actions ont un sens. C’est le capital qui est taxé, pas votre création de valeur.
Peut-être retournerez-vous, très chers pigeons, où vous attend votre talent : au travail.




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