Les musées dans votre iPad: une autre évolution numérique (1 de 4)

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Comment certains musées parisiens exploitent les nouvelles possibilités liées aux produits numériques, et plus particulièrement ceux destinés aux supports iPad? C’est le focus de cette série d’articles au cours des prochains jours. Du coup, on survolera certaines expositions populaires à Paris cet automne. On parlera des expositions “Edward Hopper” et “Bohèmes”, toutes deux présentées au Grand Palais, ainsi que de la rétrospective consacrée à Salvator Dali qui vient d’ouvrir au Centre Pompidou.

Vous allez au musée?

Qui va au musée? Beaucoup d’entre vous n’avez probablement pas mis les pieds dans un musée depuis longtemps. La clientèle que l’on y voit est souvent supérieure à 40 ans. Généralement plus féminine que masculine. Comment intéresser davantage les plus jeunes qui seront la clientèle principale de demain?

Au cours des années, on a de plus en plus misé sur l’organisation de grands événements – expositions temporaires – soutenus par un marketing poussé pour amener plus de gens à l’intérieur des musées. Ces expositions temporaires constituent un apport important en revenus propres pour ces institutions, souvent hautement financées par les fonds publics. Certaines de ces expositions développent un “buzz” important qui va même au-delà des frontières locales ou nationales, de sorte que les expositions les plus importantes à Paris, par exemple, peuvent attirer en moyenne de 500,000 à 800,000 visiteurs sur une courte période de 3 ou 4 mois. Pas mal du tout pour des musées… Quels événements, même sportifs, pourraient attirer autant de monde?

L’exposition Edward Hopper, qui est une rétrospective de ce peintre américain important du 20e siècle, en est un bon exemple. Et le “buzz” est notable, y compris chez les jeunes. Ça semble “in” d’aller voir Hopper. Ce faisant, on espère que les visiteurs développeront de nouvelles habitudes et auront même le goût de découvrir les collections permanentes de ces musées, traditionnellement plus statiques (les plus cyniques diront même “un peu poussiéreuses”).

Photo: Le Musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa (Canada) où s’est tenu cet été une importante exposition Van Gogh qui a attiré autour d’elle la plus grande concentration en Amérique d’oeuvres du célèbre peintre en 30 ans. Près de 250,000 visiteurs l’auront vue.

À travers ces expositions temporaires qui sont bâties autour d’un sujet ou d’un artiste, on en profite souvent pour rassembler des œuvres d’autres musées grâce à des prêts temporaires entre musées qui font voyager les œuvres à travers le monde. Les primes d’assurance de ces prêts constituent d’ailleurs des coûts importants liés à ces expositions. On ne prête pas ses Van Gogh sans quelques précautions. Certaines de ces expositions peuvent aussi se financer en “joint ventures”, c’est-à-dire conjointement avec d’autres musées, et voilà alors l’exposition en mode “voyage” où elle passera d’un musée à l’autre et parfois sur des continents différents. Par exemple, j’ai vu en octobre une impressionnante rétrospective du peintre américain George Bellows – que je ne connaissais pas – qui a beaucoup peint le New York ouvrier du début du 20e siècle. Un ami de Hopper en passant. Or, j’ai vu cette exposition lors de ses dernières heures à Washington. Depuis, elle vient de s’installer pour quelques mois au Metropolitan Museum of Art de New York et finira son parcours à Londres en 2013. Même chose pour une autre exposition que j’ai vu cet été à Ottawa (où je vis au Canada) qui vient de s’installer à Paris au Petit Palais.

Moi, j’y vais…

Personnellement, je suis un amateur de ces expositions. Davantage depuis quelques années seulement. Je ne suis pas un grand connaisseur. J’aime être surpris. J’aime apprendre. J’aime l’inattendu. Et j’aime ce qui est beau. Je suis donc un bon public. Leur public cible. Même si un sujet m’est complètement étranger, je suis généralement partant. Racontez-moi une histoire et je vous suis le temps d’une heure ou deux. Ce sera peut-être le seul moment de ma vie où on aura toute mon attention sur le thème de leur exposition.

Du coup, je juge d’abord ces expositions temporaires par la capacité des commissaires qui les montent à mettre en scène leur sujet et à faire “un bon show”. Je suis d’ailleurs plutôt du genre à regarder derrière les panneaux et les faux murs pour voir « comment c’est fait ». En d’autres mots, comment on a pensé la scénographie, comment on a construit le parcours, comment on maximise l’espace pour créer un univers propice au sujet et comment on met en valeur les pièces que l’on veut nous montrer, y compris la description narrative du parcours qui vulgarise et aide beaucoup les profanes à s’y retrouver.

Je vois ainsi des dizaines d’expositions par année dans différentes villes. Vous êtes surpris ou enchanté par une, vous voulez évidemment en voir une autre. Que ce soit pour une exposition sur la bière dans l’histoire de la ville de New York ou pour l’histoire de la civilisation maya (et celle des étrusques dans une autre expo, puisqu’on s’y met), en passant par une exposition sur Tim Burton, sur Toutânkhamon, sur la fin du monde, sur les dernières années et la fin tragique de Van Gogh ou encore sur Helmut Newton pour ne reprendre que les thèmes de quelques expositions qui ont marqué mon “2012 personnel”. Tous les sujets y passent… et comme on dit, avec le temps on devient moins idiot…

 Photo: Une exposition très courue à Montréal cet automne sur l’histoire de l’impressionnisme, telle que photographiée ici un certain samedi de la fin octobre… à 11 heures du matin. Un brin matinal!

Comment l’internet permet aux musées de se décloisonner

L’internet constitue évidemment un outil puissant pour « démocratiser » les musées et élargir leur public. Au cours des dernières années, on a vu de plus en plus de musées adapter les outils du web pour communiquer avec leur environnement et sortir de leurs murs. On n’a qu’à penser à la mise en ligne des collections permanentes. Par exemple, quels sont les Monet que tel musée offre dans sa collection? Certains musées rendent maintenant disponibles ces inventaires sur leur site web avec moteur de recherche et photos plein écran.

Les moyens sont nombreux: la création de canaux sur YouTube pour commercialiser les expositions temporaires (quelques exemples seront montrés dans cette série d’articles), la création de pages fan Facebook, de comptes Twitter et l’utilisation d’autres réseaux sociaux, la création de boutiques en ligne pour leurs produits dérivés, y compris pour leurs catalogues d’expositions traditionnels qui deviennent des e-catalogues, l’achat de billets en ligne, le développement d’applications iPhone qui incluent le guide audio qui se mettra en marche une fois sur les lieux de l’exposition, ou encore la création de sites web spécifiques pour certaines grandes expositions.

Du côté des amateurs, on s’y est mis aussi. Des réseaux sociaux spécialisés dans ce créneau, comme Exponaute ou Pictify, permettent aux amateurs de créer leurs propres réseaux et de partager leurs expériences ainsi que leurs « like », comme on le fait sur Facebook.

Plein focus sur l’iPad

La venue de l’iPad et des tablettes amènent aussi un nouveau phénomène qui sera le focus de cette série d’articles, soit le développement d’applications pour la promotion de grandes expositions temporaires. Ces applications servent à différentes fins. Elles peuvent servir soit de véhicule de marketing pour donner le goût d’aller voir l’exposition, soit de complément d’informations ou d’album-souvenir, ou encore pour rejoindre un public éloigné du musée qui n’aura pas l’occasion de se déplacer pour voir l’exposition.

La France semble déjà à l’avant-garde de ce phénomène et plus particulièrement à Paris où dans la dernière année on a pu voir quelques expériences pour tester ces possibilités. Et comme on peut s’y attendre, ces produits iPad deviennent rapidement et graduellement de plus en plus élaborés et innovateurs, comme on le verra dans cette série d’articles.

“Bohèmes”, une exposition au Grand Palais

Cette série d’articles montrera donc le circuit “parallèle” en numérique de quelques expositions temporaires qui sont offertes au public cet automne à Paris. On mettra l’emphase sur 3 expositions en particulier : “Bohèmes” au Grand Palais, la rétrospective Hopper – également au Grand Palais – et celle de Dali au Centre Pompidou.

En conclusion, et pour situer tout de suite le 2e article de la série qui sera publié plus tard cette semaine, regardez la bande-annonce de l’exposition “Bohèmes”, présentée au Grand Palais jusqu’au 14 janvier. Un brin moderne, un brin ludique. Un air de Montmartre. Une vieille paire de bottes qui rappellera vite la célèbre toile de Van Gogh.

Cool! Non?

À plus tard cette semaine pour la suite… avec 2 applications iPad.

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Curieux de nature, je m'intéresse à presque tous les sujets. Mes billets sur le blog de Naro risquent donc de toucher des sujets très variés de la culture aux technologies, y compris peut-être même des billets d'humeur à l'occasion. Je vis à Ottawa, capitale du Canada. Dodo au Québec et boulot en Ontario. Ne me lasse pas de Paris où j'y passe de 20 à 30 jours chaque année. Côté boulot, presque 30 ans comme consultant et toujours avec la même boîte. Depuis plus de 10 ans, je suis directeur principal canadien du knowledge management pour cet important cabinet mondial de consultation.

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