Génération C : Le défi des nouvelles générations

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Les mythes du travail salarié déboulonnés

Aujourd’hui, de plus en plus de professionnel(le)s et d’entrepreneurs indépendants, de tous les secteurs d’activités, utilisent le Web et les médias sociaux pour offrir leurs produits et services, ou pour promouvoir leur carrière. Ils savent qu’ils pourront profiter de nombreuses plateformes interactives, et d’une multitude d’applications, pour afficher leurs réalisations, portfolios et CV en ligne de manière dynamique, et faire valoir leurs compétences de plusieurs autres façons. Même les plus importants influenceurs et leaders politiques de la planète jouent la carte des médias sociaux durant leur campagne.

Selon les plus récentes données de l’Institut de la Statistique du Québec, les entrepreneurs indépendants représentent le segment de marché du travail qui affiche le plus haut taux de croissance des dernières années, en hausse constante depuis 1976. Une montée des travailleurs autonomes, observée un peu partout à travers le monde, et qui peut s’expliquer de plusieurs façons.

Au fil des années, plusieurs mythes sont tombés chez les travailleurs salariés. La plupart des grandes entreprises éprouvent de sérieuses difficultés financières, et la sécurité de l’emploi corporatif n’existe plus. La classe moyenne se dilue, et les travailleurs ont cessé de rêver aux retraites dorées et aux montres plaquées après 25 ans de loyaux services. Le chômage atteint des niveaux records partout dans le monde, et plus particulièrement chez les jeunes générations (jusqu’à 60% de chômage chez les jeunes de 18-25 ans en Grèce).

Dans un tel contexte, il ne faut pas s’étonner de la recrudescence des travailleurs autonomes et des entrepreneurs indépendants. Selon James Altucher, l’auteur de 40 Alternatives to College, cette mouvance vers le travail autonome continuera de s’affirmer au cours des prochaines années. On verra de plus en plus d’entrepreneurs indépendants, de consultants et de «cols bleus» débarquer sur le Web dans l’espoir d’y réussir une nouvelle carrière, et de réaliser leurs ambitions, même au détriment d’une sécurité financière.

Les leviers de l’entrepreneuriat indépendant

Dans un récent article intitulé 10 Reasons Why 2013 Will Be The Year You Quit Your Job, l’auteur américain en rajoute, et soutient que le moment est plus propice que jamais pour se lancer en affaires. Et, que ce n’est peut-être pas pour les raisons qu’on serait porté à croire au début.

Dans son billet, paru récemment dans TechCrunch, Altucher souligne que le contexte actuel des nouvelles technologies mobiles et des médias sociaux est plus propice que jamais pour l’entrepreneuriat indépendant. Aujourd’hui, les innovations technologiques et les réseaux sociaux, toujours de plus en plus accessibles, offrent une multitude d’opportunités aux professionnels qui visent l’indépendance.

Via le Web et les réseaux sociaux, ils peuvent accéder aux meilleures formations, apprendre à utiliser les meilleurs outils, et profiter des conseils des spécialistes les plus reconnus. À travers les réseaux sociaux, ils savent qu’ils pourront aussi rejoindre leur clientèle potentielle, et développer des réseaux de collaborateurs à l’échelle internationale.

Cette nouvelle génération de travailleurs indépendants, aux compétences multiples, ne se limite pas non plus aux jeunes générations (Y et Z), et touche finalement autant la génération X et les baby-boomers. Dans des contextes souvent différents, leurs motivations professionnelles se rejoignent malgré tout dans une volonté commune de mettre de l’avant des projets innovateurs. À l’ère numérique, il faut donc considérer les nouvelles générations par rapport aux changements qu’elles peuvent apporter dans la société.

La génération Z, porteuse de grands changements

Enfants des plus vieux de la génération Y et des plus jeunes de la génération X, ils sont nés après la chute du mur de Berlin, et ont vécu leur adolescence durant les premières années du millénaire. Ils ont connu la tragédie des attentats du 2001, les catastrophes naturelles à répétition, et la crise économique globale de 2008-2009.

Dans son ouvrage The ABC of XYZ : Understanding The Glogal Generations, co-écrit avec Emily Wolfinger, Mark McCrindle part des recherches de Strauss et Howe, qui avaient identifié quatre cycles successifs, complétant le cycle entier des générations :

  •  les artistes (la génération silencieuse): indécis et émotionnels, ils ont grandi en pleine crise, surprotégés par leurs parents,
  • les prophètes (les baby-boomers) : moralisateurs, acharnés, ils vivent à travers leurs valeurs, et sont prêts à se battre pour défendre leurs idées,
  • les nomades (la génération X) : cyniques, ils sont plus pragmatiques, mais en même temps plus aventureux, ils ne craignent pas d’abandonner certains acquis en cours de route, pour vivre de nouvelles expériences plus enrichissantes,
  • les héros (la génération Y) : énergiques et curieux, ils ont toujours été le centre d’intérêt, et leur réussite actuelle leur apporte la reconnaissance qu’ils recherchent,

Or, dans son ouvrage McCrindle rappelle que la science de la sociologie a démontré que les crises surgissent lorsque les artistes tirent leur révérence, que les prophètes vieillissent, que les nomades deviennent adultes, et que les héros s’affirment dès leur jeunesse. Et, qu’après les crises surviennent aussi les grands changements sociaux…

Dans un contexte historique, la situation de la génération Z (ou natifs numériques, nés après 1994) peut se comparer à celle de la génération silencieuse des années 30-40 (1929-1945). Une génération qui a évolué à travers les difficultés de la Grande Crise, et de la Deuxième Guerre Mondiale, mais qui fut en même temps porteuse des grands changements d’après-guerre.

Malgré les similitudes, la situation actuelle des jeunes de la génération Z n’est pas aussi dramatique que celle de la génération silencieuse. Elle diffère beaucoup de celles de nos aïeux du fait qu’ils bénéficient aujourd’hui d’outils qui leur permettent de mieux affronter les situations de crise. Aujourd’hui, les natifs numériques maîtrisent parfaitement les nouvelles technologies, et s’en servent abondamment pour se réaliser et améliorer leur quotidien. Et, cette nouvelle génération est loin d’être «silencieuse».

Selon une étude de la firme française Infolab, réalisée en 2012, en collaboration avec Habbo Hotel, les jeunes emos (pour émotionnels) de la génération Z ne conçoivent plus que l’on puisse se passer de ces outils dans la vie de tous les jours, encore moins au travail. Aussi appelés Echo-Boomers (pour les rapports étroits entretenus avec leurs grand-parents, les boomers), ces jeunes ont une approche multi-tâches naturelle, presqu’innée. Pour eux, le téléphone cellulaire est devenu une extension de leur personne, et Internet leur appartient. Leur vie réelle est pratiquement formatée à partir de leur vie digitale. Les entreprises et les organisations devront donc considérer très sérieusement ces nouveaux paradigmes, pour adopter leur gestion d’embauche et de ressources humaines en conséquence.

Un nouveau choc des générations à prévoir!

Dans une quinzaine d’années, peut-être moins, on assistera à l’arrivée massive d’une nouvelle génération, issue d’un nouveau baby-boom ; la génération ALPHA (nés après 2010). S’inscrivant naturellement dans le cycle des générations, elle évoluera en réaction avec la précédente, comme la X l’a fait avec les baby-boomers, et la Z l’a fait avec ses parents de la génération Y.

Suivant la théorie de McCrindle, au cours des années à venir, on peut donc prévoir un nouveau choc générationnel majeur, qui viendra définir un nouvel ordre. Les nouveaux paradigmes vont continuer de se heurter, et de se confronter au fil des générations, au rythme accéléré des changements politiques, économiques et technologiques, entrainant de nouveaux chocs d’idéologies et de profondes mutations sociales. Évidemment, les nouvelles générations se trouveront toujours au cœur de ces bouleversements sociaux.

Il faudra poursuivre les recherches et demeurer à l’écoute de leurs attentes, pour mieux comprendre ce qui anime et motive ces nouvelles générations. Pour y arriver, il faudra vite accorder une place plus importante à ce qu’il est dorénavant convenu d’appeler la science du Web, pour vraiment cerner l’impact qu’elles auront sur notre société, nos organisations et nos entreprises.

À travers les médias sociaux, Internet et les nouvelles technologies, la génération Z, et ALPHA après elle, continueront d’évoluer, et de se réaliser individuellement, et professionnellement. Car, ces deux nouvelles générations portent déjà en elles l’avenir de notre société. Les germes d’une prochaine révolution sociale… celle de la gouvernance 2.0 ! À nous d’y voir aussi !

Qu’en pensez-vous ? Croyez qu’un nouveau choc des générations est à prévoir ? Ou sommes-nous déjà au beau milieu d’une nouvelle crise générationnelle ? Exprimez votre opinion et partagez vos idées sur le sujet. 


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About Author

Auteur des livres «Comment entreprendre le virage 2.0» et «Culture Web à la portée des PME», Raymond Morin publie des articles dans les magazines spécialisés depuis plus d'une quinzaine d'année. Il prépare actuellement la sortie d'un nouvel ouvrage : «Les clés du marketing d'influence et la Génération C», qui sortira en français en 2013, avec une préface signée de Neal Schaffer, de WindMill Networking. Le livre sera par la suite traduit en anglais, et en espagnol au courant de l'année.

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  • http://www.facebook.com/profile.php?id=100003105267329 Matthieu Thomas

    Excellent !

    Pour ma part je pense que toutes ces études mettent un peu trop en avant le monde globalisé occidental.
    Cependant, et c’est un des points forts d’Internet, la communication elle aussi devient globale, et les jeunes générations pourront à loisir s’organiser à l’échelle mondiale.

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  • http://twitter.com/DiviesNaima DIVIES Naima

    Merci pour cet excellent article! Il serait intéressant d’ouvrir la réflexion à d’autres zones géographiques … et évaluer ainsi l’impact de l’influence culturelle sur cette génération … sera-t-elle qualifiée de génération Y? Le regard des spécialistes en management culturel sur le comportement de la génération Y (en occident) serait le bienvenu!

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  • RaymondMorinV2

    Merci pour ton commentaire Matthieu.

  • RaymondMorinV2

    Merci Naima. Je crois que ces observations s’appliquent de la même manière peu importe la zone géographique, et se retrouvent autant chez la génération Y que la suivante, la génération Z. Et, elles seront d’autant plus amplifiées dans une quinzaine d’années avec la génération ALPHA

  • Hervé Loevenbruck

    Merci Raymond et bravo pour cet excellent article.
    Je pense que chaque génération est à la fois différente et similaire aux précédentes. Les outils d’expression changent mais chacune sera confrontée à la crise et/ou à la croissance. Le web permet d’accéder à la mondialisation. En effet, on peut aujourd’hui converser, travailler et faire des affaires n’importe où, n’importe quand et avec n’importe qui. Le “nomade” prend le pas sur la sédentarité, quoique… Comme vous le dites, Altucher analyse bien cette tendance à l’indépendance (moi-même étant freelance ^^). Etant community manager, la notion de multi-tâches est fondamentale. On se doit d’être un couteau suisse ou un caméléon… Mais avec une compétence spécifique qui va nous différencier d’autrui (ou du concurrent), ce qui peut-être paradoxal. Enfin, je pense que les générations qui arrivent (Z ou ALPHA) n’auront pas le recul nécessaire ou la capacité d’analyse de la génération X voire Y, bref ceux qui ont connu l’émergence, le développement du web 2.0. Ils ont été éduqués avec, vivent avec, mais sauront-ils faire la part des choses entre les réseaux et l’IRL ? Je penche donc davantage vers la crise générationnelle…

  • Raymond Morin

    Merci pour ces commentaires. Intéressante observation aussi sur le recul que les nouvelles générations n’auront peut-être pas. Pour eux, les nouvelles technologies se révèlent une extension de leur vie réelle, presqu’un besoin essentiel au même titre que l’air, l’eau et la nourriture. Cependant, dans 15 ans, lorsque débarquera la nouvelle cohorte ALPHA sur le marché du travail, ils occuperont (avec les Z) plus de 50% des postes. Ce sera aux X et Y restants de s’adapter entre temps… si on veut éviter la crise générationnelle.

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