Si comme moi, (rayez la mention inutile)
- vous aimez les idées novatrices, les entrepreneurs courageux et la notion de service,
- vous avez longtemps souffert de la piètre qualité de nos taxis parisiens,
- le métro est pour vous une option worst-case, le RER une punition
- on vous a récemment volé votre scooter,
- vous avez appris que le Rigolo de l’Hotel de Ville veut fermer les voies sur berges
- le Velib est pour vous un truc marrant , mais seulement en descente et quand il fait beau,
Alors, votre feedback m’intéresse sur la petite analyse comparative à laquelle je me suis livrée et que je partage avec vous ci-dessous.
Joe le taxi
17500 taxis dans la capitale. C’est à dire 3500 de plus qu’il y a 50 ans. C’est peu pour une ville qui a grandi depuis. Oui, me
direz-vous, les transports en commun ont aussi évolué depuis, entre le métro, le RER, le bus, le retour du tramway, etc. Mais partons du principe ici que les modes de transports listés ci-dessous ne sont pas destinés à nous véhiculer au quotidien sur la distance qui sépare notre logement de notre lieu de travail et vice-versa. Considérons le taxi comme étant un outil de téléportation en one-way : je pars à la gare, à l’aéroport, je suis à la bourre pour mon prochain rendez-vous, bref, JE SUIS PRESSE.
Que fait un taxi : il s’arrête (dans le meilleur des cas) quand on le hèle, il nous attend en tête de station (pour nous prendre quelques euros de plus), il se commande à l’avance, et peut être garanti de manière prioritaire si on dispose d’un (couteux) abonnement à l’un des services type G7 Club Affaires.
Les MOINS (gros cliché) : jamais là quand on en cherche un, beaucoup de qualités sauf l’amabilité, ne prend la carte bleue que sous la menace (et encore), fait semblant de chercher sa monnaie pour qu’on ait envie de lui dire “gardez tout”, reste souvent vissé à son siège pour nous laisser débarquer nos valises (ça doit être leurs dossiers à boules qui collent au dos), nous prend à parti pour commenter le débat en cours sur RMC, nous impose le duplex de la ligue 1 quand on déteste le foot, nous jette des regards noirs quand on téléphone en route, se paie le luxe de refuser certaines courses qui ne vont pas dans le bon sens, etc.
Et tant que j’y suis, j’y ajoute aussi que finalement tout ça me paraît cher pour le service rendu – surtout depuis qu’il y a compétition car alternative.
Le seul PLUS du taxi (dans 90% des cas) : il connaît la route, car il a été formé pour cela, et même passé un examen. Et comme en plus il peut prendre les voies de bus, il est parfois plus rapide sur certains trajets.
le premier concurrent (à 4 roues) du taxi à Paris : UBER
Nous sommes nombreux à avoir trouvé l’idée géniale. Et il y avait de quoi. Produit de l’imagination d’un américain qui cherchait un taxi un soir à …Paris (véridique), la société californienne a levé des fonds, développé son concept aux USA, puis en Europe en commençant chez nous, et fonctionne déjà à Londres. Pourquoi c’est génial ? Parce que c’est le contraire de tout ce qu’on reproche aux taxis !
Que fait UBER : avec une appli (récemment revue, et très bien pensée) qui nous dispense de parler à un opérateur et/ou d’écouter une musique minable qui nous raconte qu’on s’occupe de nous, on se positionne en un click, et zou, la voiture est là – après un délai raisonnable dont on a connaissance. Le tout est débité sur une carte bancaire pré-enregistrée (on peut en mettre plusieurs), sur la base d’un mix longueur de parcours et temps de trajet. SMS qui rassure, facture par email. Top.
Les PLUS : voitures allemandes de prestige, propres (eh oui), chauffeurs habillés sobres, polis, qui ouvrent la porte, petite bouteille d’eau, choix de radio, silence à bord et confort de conduite (ça aussi on avait perdu l’habitude, hein). La super appli mobile (qui marche à l’identique quand on arrive à Londres, NY, etc). On peut aussi choisir son véhicule : Berline, SUV, Minivan.
Les MOINS : probablement victime de son succès, UBER a étoffé son parc de chauffeurs professionnels avec des chauffeurs qui présentent bien…mais en général ne connaissent pas Paris. Commencer par une “course” par 3 minutes de GPS, ça peut vite devenir agaçant. Surtout quand le GPS ne gère pas les heures de pointes et le petit raccourci qui va bien. Cette méconnaissance est telle qu’il n’est pas rare de voir le chauffeur faire un (gros) détour pour venir vous chercher dès la prise de commande, rallongeant de facto le temps de prise en charge (on vous affiche 5mn et le gars se pointe 20mn après). Vous allez me dire que je chipote, mais si on admet de payer 25% de plus qu’un taxi, on garde à l’esprit que la promesse initiale de ce mode de transport c’est de nous amener le plus rapidement possible de A à Z. Pas de faire un concours de Tomtom ou de guider son chauffeur.
Les tarifs aéroports sont tout simplement prohibitifs (120 euros). C’est plus cher qu’une moto-taxi. Peut-être un changement quand le parc aura grandi et qu’un chauffeur prendra une autre course en retour, car pour l’instant c’est dissuasif alors que ce marché est à saisir. Certains promo-codes viennent parfois appuyer un marketing communautaire bien foutu, même s’il faut bien lire toutes les conditions tarifaires (cf épisode de la surtaxation du soir du réveillon) pour éviter de se faire “ent-uber” (rires).
Les nouveaux acteurs “VTC” (Véhicule de Tourisme avec Chauffeur).
Qui dit bonne idée d’Uber, dit compétition. Et c’est plutôt une bonne chose, car cela va permettre de maîtriser les prix. Parmi les nouveaux arrivants, on peut citer www.chauffeur-prive.com , www.voituresjaunes.com (qui se positionne sur un segment prix aussi agressif que la couleur de ses véhicules, et une pré-inscription un peu laborieuse sur internet), www.snapcar.com, et le dernier né que j’ai choisi de détailler ici : www.lecab.fr
LeCab repose à l’origine sur un logiciel pointu (et anglais) de ventilation de flotte selon le trafic. Jeune société qui vient de lever des fonds auprès de business angels réputés, et qui nourrit de grandes ambitions, en essayant de marier ce qu’on l’aime bien chez UBER et une approche tarifaire très compétitive. Sounds good.
Que fait LeCab : à l’aide de l’appli, ou après avoir ouvert un compte (ce qui est le moyen le plus simple de bénéficier une bonne fois pour toute de la priorité de traitement), on commande un véhicule, en entrant un lieu de départ, ET un lieu d’arrivée (ce qui permet donc de ventiler ladite flotte). Les délais varient selon l’affluence pour une demande immédiate (30mn au début, 15mn si vous avez un compte, puis maintenant une moyenne de 8mn annoncée – à vérifier), mais on peut aussi commander une voiture à l’avance, et ça, c’est pas mal du tout pour éviter le coup de panique en départ aéroport, de bon matin, un jour de pluie. Si on préfère appeler le service client par téléphone, on peut, et, oh surprise, il est de (très) bonne qualité : poli, rapide et donc efficace. Me like. Et on reçoit une confirmation de la course par SMS dans tous les cas.
Les PLUS : coût du trajet connu au moment de la commande, transferts aéroports à prix imbattables (45 euros pour CDG, 35 euros pour Orly, c’est le prix d’un taxi, et la course dans Paris intramuros à prix fixe), un parc de 508 Peugeot (neuves), la désormais habituelle bouteile d’eau, mais aussi un i-Pad de marque Apple avec connexion 3G, ce qui peut faire un peu gadget mais ça fait passer le temps, et on l’a déjà dit, le service client qui va bien et qui prévient en cas de problème. Sur la demi-douzaine d’essais réalisés, j’ai l’impression que les chauffeurs savent où ils vont, en tout cas y’a pas photo avec UBER sur ce point. Les chauffeurs sont polis, discrets, et eux aussi ouvrent la porte, oui madame. LeCab recrute des commerciaux qui vont démarcher des entreprises (ça va faire très mal aux abonnements G7), et aussi des responsables formation / RH, ce qui est un gage de sérieux dans la qualité à venir. A suivre.
Les MOINS : la première version de l’appli est nulle : bugs, ergonomie Minitel, bref, à revoir, mais la nouvelle version qui arrive est parait-il terrible. On va voir ça très vite. On aimerait aussi recevoir une petite facture par email, pratique surtout pour gérer les notes de frais (ce que UBER fait depuis le début).
Les moto taxis (pardon, les TPM, Transports de Personnes à Moto).
Ce sont les premiers à avoir donné un gros de pied dans la fourmillière. Une promesse alléchante : se déplacer de A à Z sans jamais pâtir de la ciculation. Une croissance fulgurante, qui montre bien que la demande était là, mais une profession pas encore très bien organisée. A part quelques acteurs qui se sont regroupés en GIE, si vous n’avez pas le numéro d’un motard en qui vous avez confiance, vous risquez d’hésiter à deux fois avant de monter derrière un gars qui roule à 50 km/h entre deux files de voiture pour vous montrer combien de temps il vous a fait gagner. Et quand vous vous faites raccoler devant un aéroport au nez et à la barbe des taxis “traditionnels”, on comprend mieux que ces derniers demandent une régulation. On note toutefois un progrès depuis l’installation de zones aménagées devant les terminaux de gare et d’aéroport.
Que fait la moto : elle vient vous chercher si vous l’appelez (ou elle vous racolle là où vous êtes). Elle vous habille chaudement (avec gilet airbag pour les plus sérieux), et vous transporte presque au sec avec votre (petite) valise jusqu’à destination. La plupart prennent la CB.
Les PLUS : évidemment le temps de trajet aux heures de pointe, qu’on appréciera quand on commute entre un aéroport et Paris ou vice-versa. Un service client sérieux pour ceux qui appartiennent au GIE qui regroupe les plus anciens. Mon préféré est www.parismotos.fr, très pro.
Les MOINS : attention aux casse-cous qui vous la jouent Arizona Dream sur le périph. Le prix est aussi un bémol, mais parfois acceptable si l’on veut éviter 90mn de bouchons pour aller à CDG. Mais à 35 euros la course dans Paris intramuros, faut vraiment en avoir besoin.
En conclusion
Oui le taxi est devenu has-been car il avait perdu de vue un élément primordial : la notion de client. En même temps, grâce à un monopole en béton, il n’avait aucune raison de se remettre en question. Sans souhaiter sa mort, car il a sa place dans nos rues, on ne peut que lui souhaiter d’en profiter pour repenser son business modèle (ce que fait déjà G7 avec www.wecab.fr qui est une version intelligente du covoiturage, affaire à suivre), et pourquoi pas repenser son métier tout court. A 200K euros la licence sur Paris, pour rester dans la course (rires), il va falloir ré-apprendre à sourire et ne pas hésiter à braver le froid pour accueillir son client, passer un chiffon sur son carrosse, un coup d’aspi sur les sièges, ne pas compter sur l’Arbre Magique accroché au rétro pour enlever toutes les odeurs, bref, en donner pour son argent au passager. Ou sinon se résigner à ne travailler qu’avec des touristes. Sic.
Si les nouveaux acteurs vont indéniablement leur prendre une énorme part de marché (surtout le marché corporate je pense), cela ne signifie pas pour autant que ce marché va croître suffisamment et sans limite pour nourrir tout le monde, à moins que certains acteurs se fusionnent ou ne se bouffent entre eux.
C’est peut-être la seule conclusion heureuse pour “l’usager”, qui devrait bénéficier d’une guerre des prix et d’une vraie bataille au niveau du service.
Les alternatives de type autolib poussant aussi leurs pions (avec un service de bonne qualité et en progression permanente), le business de la mobilité privée à Paris a de beaux jours devant lui.




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