Spotify, une playlist “Variété d’antan”. Entre un Renaud et un Jacques Brel se cache discrètement Michel Berger avec son titre “Les Princes des villes”. Première écoute, puis deuxième, puis troisième. Analyse.
Je suis entrepreneur et entouré d’entrepreneurs, je les observe, les connais. Certains de loin, certains de très près, et quand j’écoute cette chanson de Berger, dressant le portrait d’une génération d’artistes vivant à 100 à l’heure, je ne peux que penser à “nous”.
“C’est l’aventure qui les tente [...] Vivre plus vite que les autres, avoir un pied dans le futur”
Je me souviens de ce talk ted qui parlait de l’évolution, de la technologie et des early adopters, et je me souviens aussi d’une phrase de William Gibson qui disait “C’est déjà le futur, mais pas pour tout le monde”. Et là où les artistes représentaient une sorte d’idéal futuriste, où la plupart de nous, gamins, s’y voyaient, c’est désormais dans ce futur technologique que nos gamins se retrouvent. Un futur où Facebook est inné à chacun d’entre nous, où le smartphone est un outil naturel, bref, un futur que les entrepreneurs connaissent déjà, un futur que les entrepreneurs créent.
“Qu’on les adore, qu’on les jalouse [...] qu’on leur élève des statues, qu’on les affiche dans les rues”
Et là où les fans s’arrachaient les autobiographies d’acteurs et chanteurs, c’est aujourd’hui la biographie de Steve Jobs qui se vend comme des petits pains. C’est aussi 220 millions de dollars qui ont été générés suite au film retraçant la création d’une start-up (The Social Network). Pour aller plus loin, on peut même voir un message politique lorsque une ministre (Fleur Pellerin) visite le siège de Vente-Privée. Richard Branson de son côté est invité sur les plateaux télé au même titre qu’un chanteur faisant sa promo. Ces créateurs réussissent leurs coups et de ce fait fascinent, au point de devenir des icônes. Pour mémoire, c’est devant des Apple Store que certains ont déposé une bougie après la mort de Steve Jobs….
“Mais au matin d’un nouveau jour [...] qu’on établisse de nouveaux cultes et qu’on les oublie pour toujours”
C’est aussi dans cette peur que vivent les entrepreneurs. Cette peur de ne pas se renouveler, cette peur de ne pas réussir leur prochain coup ou de ne pas mener à bien le bateau. Yahoo, Myspace, Lycos, Voila, Delicious, Digg… La liste est longue. Au même titre que certains artistes, ils ont connu la gloire avant de retomber dans l’oubli. Vient résonner alors un nouveau titre. Celui d’Oxmo Puccino, qui termine son “Artiste” par un “La peur d’être archivé, parce qu’on fait moins bien, appartenir au succès d’un passé lointain”. La réalité est là. Les entrepreneurs sont des artistes. Oxmo, tu es d’accord ?
“Accueilli comme des clowns pas drôles [...] avant que la fortune soit subite, tous les génies étaient stupides [...] Pour modestement changer l’humanité”
Tiens, ça résonne. On dirait une pub Apple, plus particulièrement celle de 97 où Steve Jobs nous appelle à “Think Different” comme Ghandi, Luther King, Picasso… bref, des entrepreneurs de la vie. Les entrepreneurs, comme les artistes, doivent se battre jour et nuit. Mark Zuckerberg était un peu le loser de sa promotion avant de devenir l’icône d’une génération. Lorsque Steve Jobs a lancé Pixar, tout le monde l’a traité de fou. Même chose pour Richard Branson qui a voulu produire un certain groupe dont le titre, “God Save the Queen” crachait sur le symbole britannique sacré.
“Une vie de famille acrobatique, c’est pour ça qu’elle t’aime et puis te quitte”
Paroles presque divines tant j’en ai vu. Tant j’ai vu de couples se former et se détruire pour les mêmes raisons . Parce que ce côté entrepreneur attire beaucoup la personne qui nous aime. “Il est beau, intelligent, indépendant. Il monte sa boîte”. Oui, mais “monter sa boîte”, ça requiert du temps, de la patience. Beaucoup. Ce n’est pas tous les jours drôle, on n’a pas les meilleurs comptes en banque, on mange beaucoup de pâtes et on rentre souvent tard. Ce côté qui attire le devient moins quand il s’agit aussi de construire un couple, une famille, un foyer. Les besoins changent, les envies aussi. Comme disait Benoit Dorémus, “elle s’en fout que je sois disque d’or, mais pas disque noir”.
Dans mon article point de réponse ou de question trop réfléchie. Ni juridique (les entrepreneurs doivent-ils avoir un statut d’intermittent ?), ni psychologique (Sont-ils aussi torturés que les artistes ?), et encore moins social (le suicide chez les entrepreneurs ?). Je ne pense pas que les gens porteront un regard différent, ou une attention particulière pour les entrepreneurs autour d’eux. C’était juste une envie de partager une idée, quelques pensées d’un soir. Et tout ce que je souhaite, c’est un bon courage à tous ceux qui entreprennent. Les rockstars des internets mondiaux, c’est nous
